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Le groupe marocain Darga, une musique à dimension militante

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Les jeunes membres du groupe marocain Darga rassemblent des rythmes locaux et étrangers pour en faire un son unique, personnel.

arquée par des paroles empreintes d'observation qui livrent une vision critique des conditions sociales dans le pays, leur musique s'adresse largement aux générations les plus jeunes.

Magharebia s'est entretenu avec Darga en marge du Festival du Hit Parade du Maroc à Rabat.

Magharebia: Quel est le secret de la réussite de la musique réalisée par les jeunes au cours de ces dernières années, malgré des moyens financiers limités ?

Darga: C'est l'affaire d'une vraie détermination, celle de connaître le succès. Ces groupes musicaux sont formés de jeunes qui veulent innover et prouver leur valeur dans le domaine musical.

Magharebia: Que pouvez-vous dire de votre expérience propre ?

Darga: Nous avons choisi le nom 'darga' qui veut dire cactus, une plante qui s'adapte à toutes les conditions. Lorsque nous avons commencé, les premiers temps, nous n'avions aucun moyen financier qui nous aurait permis de fonder un groupe musical. A cette époque, nous dépendions de petits montants d'argent que nous donnaient nos familles. Nous empruntions aussi du matériel et des instruments musicaux à nos amis, comme c'est le cas dans de nombreux groupes. Le chemin que nous avons parcouru pour en arriver là a été très difficile, et aujourd'hui, nous ne sommes que relativement contents de notre succès.

Magharebia: Est-ce que la récente ouverture politique au Maroc vous aide à vous faire connaître ?

Darga: Oui, même s'il n'y a pas d'ouverture culturelle totale - et que l'on est en qu'au début. Nous pensons que les fruits de nos efforts et de notre dur travail visant à agrandir encore cette ouverture seront récoltés par les groupes qui viendront après nous, parce qu'à ce moment là, les conditions seront meilleures qu'elles ne l'étaient pour nous.

Magharebia: Les paroles de vos chansons sont caractérisées par un criticisme sévère. Est-ce que vous ne craigniez pas que cela ne crée des tensions avec les autorités ? Darga: Nous connaissons les limites de la créativité artistique et les limites des possibilités de liberté. Et pourtant nous ne pratiquons pas d'auto-censure lorsque nous écrivons nos paroles. Nous ne faisons que critiquer les conditions sociales prévalentes, sachant que notre priorité est de faire en sorte que les conditions sociales et économiques individuelles soient les meilleures possible. Nous ne faisons donc que refléter les conditions de vie des classes pauvres.

Magharebia: Quelle est la raison qui justifie l'immense succès de la chanson "chomera" (chômage)?

Darga: Cette chanson aborde un sujet universel. La raison de ce succès, c'est que les jeunes ressentent les paroles de la chanson en profondeur, parce que nombreux parmi eux vivent le chômage qui est le plus grand problème vécu par cette catégorie de la société. La chanson raconte l'histoire d'une personne depuis sa naissance, à travers son éducation aussi, et qui se retrouve prenant part à une manifestation devant le parlement en compagnie d'autres diplômés qui réclament le droit de travailler.

Magharebia: Il y a de nombreuses émissions musicales dans les médias marocains en ce moment, ainsi que de nombreux festivals. Les auditeurs ne risquent-ils pas de finir par se lasser ?

Darga: Non, parce que l'ouverture culturelle est un phénomène nouveau au Maroc, qui est né durant la dernière décennie. Le fait qu'il y ait beaucoup de manifestations musicales, c'est positif, parce qu'on donne aux fans la possibilité de participer à un grand nombre d'entre elles. Tout ce que les spectateurs ont à faire, c'est de choisir les oeuvres conformes à leurs goûts.

Magharebia: Quelle est votre position concernant l'usage dans les oeuvres musicales d'un langage "obscène", comme c'est le cas dans d'autres groupes ?

Darga: Personne ne peut empêcher que ce type de mots soit utilisé dans le cadre de la liberté d'expression. Il y a des chanteurs qui utilisent une telle langue dans leurs oeuvres en arguant que ces mots sont quotidiennement utilisés dans la rue, et que donc, rien ne devrait empêcher qu'on les retrouve dans les chansons. De plus, ces titres circulent sur les marchés et personne n'est obligé de les écouter.

Magharebia: Vous vous appuyez fortement sur des rythmes reggae dans la plupart de vos chansons. Est-ce que c'est un choix permanent ou temporaire ?

Darga: Dans le passé, nous dépendions trop de ces rythmes, car ce genre musical avait un fort impact sur la majorité des membres du groupe. Malgré tout, et maintenant que certains de ces membres ont changé, nous allons utiliser d'autres rythmes. Dans notre prochain album, nous parlerons du patrimoine algérien dans le cadre de l'interaction culturelle entre nos deux pays.

Magharebia: Que pensez-vous des relations maroco-algériennes actuelles ?

Darga: Les relations entre les deux pays doivent revenir à la normale parce que nous sommes frères et qu'il y a des liens familiaux existant entre nous. Les algériens adorent la manière dont nous nous exprimons, les chansons de notre pays, et c'est la même chose pour nous. L'ancien harpiste, dans notre groupe, était né d'un mariage algéro-marocain. Les deux peuples ne peuvent pas être séparés, peu importe la profondeur des différences qui existent entre nous. Dans notre prochain album, il y aura une chanson intitulée "haduk," dans laquelle nous évoquons les points d'accord entre nos deux pays, elle est un appel à la tolérance et à la fraternité.

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