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Interview Souad Massi

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En deux ans seulement, la chanteuse algérienne Souad Massi est devenue la nouvelle star de la world-music.

Sa musique se nourrit d’un large éventail musical : depuis ses racines nord-africaines jusqu’au folk-rock, en passant par le flamenco andalou. Chantées en arabe et en français, ses chansons sont mélancoliques et empreintes d’une certaine tristesse. Elles parlent de nostalgie et de passion, mais abordent également d’une manière critique la situation de la femme et la situation politique de son pays d’origine. Dans l’interview qu’elle a donnée à Mondialogo, elle parle de la musique comme d’une langue planétaire, de sa vie dans son exil artistique et de ses « grands rêves ».


MM: Vous faites actuellement une grande tournée mondiale et vous rencontrez tous les jours des gens issus de différentes cultures. Quelle a été jusqu’à présent votre plus belle expérience interculturelle ?
Souad Massi : Toute expérience est belle. Chaque fois que l’on arrive dans un nouveau pays, on rencontre des personnes, des cultures et des langues différentes. Cela ne laisse pas de m’impressionner. C’est un grand privilège que de pouvoir visiter de nombreux pays. Bien souvent, on est terriblement pressé, mais le peu de temps que l’on a est enrichissant. On peut faire de belles rencontres partout, n’importe où.

MM: Votre groupe est un cocktail international. Y a-t-il parfois des malentendus ou des problèmes dûs aux différences de culture, qui ne soient pas seulement d’ordre linguistique ... ?
Souad Massi : Non, pourquoi ? Nous autres musiciens, nous ne connaissons pas de problèmes de communication, bien que notre groupe se compose de différentes nationalités. Je travaille avec des gens originaires de Martinique, de France, de Hongrie et d’Algérie. Par la musique, nous pouvons très bien nous comprendre. On peut être issu de la même culture, venir du même pays et rencontrer malgré tout des problèmes de communication. S’il arrive que l’on se comprenne mal, c’est souvent dû à la différence des caractères. Le fait d’avoir les mêmes racines culturelles n’est pas en soi une garantie pour que l’on s’entende bien.
Souad Massi: « Il faut être sensible »
Souad Massi
MM: Qu’est-ce qui est important selon vous, lorsqu’on travaille avec des gens issus de cultures différentes ?
Souad Massi : Il faut être naturel ! Et sensible. Par ailleurs, il est important de respecter les gens venant d’autres cultures pour ne pas les blesser ; c’est particulièrement important au sein d’un groupe. Lorsqu’on se connaît mieux, on finit par apprendre des choses intéressantes et enrichissantes. Un ami indien m’a par exemple raconté qu’il a seulement le droit de manger de la main droite. Dans sa culture, c’est très important. En règle générale, on ne fait pas attention à de tels détails, qui peuvent pourtant nous apprendre beaucoup de choses.
MM: Vous chantez surtout en arabe. Or, vos concerts sont beaucoup fréquentés par des gens qui ne parlent pas cette langue. Pensez-vous que vous pouvez malgré tout leur communiquer votre message ?
Souad Massi : Je pense que le public comprend la musique à travers les émotions, même s’il n’est pas à même de comprendre les paroles. Ce n’est pas par la langue que je communique avec le public, mais aussi et surtout par les sons et les rythmes. La musique nous rapproche les uns des autres.

MM: Vos chansons témoignent de la présence de nombreuses influences, le flamenco par exemple. Est-ce qu’ainsi vous essayez de fédérer l’ensemble des cultures sous un nouveau style ?
Souad Massi : Non, en ce qui concerne le flamenco, il s’agit d’influences espagnoles sur le monde arabe. Nous avons une histoire commune avec l’Espagne. Voilà pourquoi le flamenco est souvent intégré dans la musique arabe. Chez nous, on en écoute beaucoup. L’élément andalou fait véritablement partie intégrante de la culture algérienne.

MM: Cela fait maintenant quatre ans que vous vivez à Paris ; votre vie a-t-elle changé depuis ?
Souad Massi : Par rappport à ma vie en Algérie, beaucoup de choses ont changé. En tant que femme, je me sens plus sûre, plus libre. En tant que musicienne, j’ai plus d’espace pour me laisser inspirer, pour m’exprimer. Aujourd’hui, je peux sortir et m’acheter une guitarre ou des CD. En Algérie, cela aurait été beaucoup plus difficile et surtout, cela aurait été mal vu.

MM: Votre environnement a certainement lui aussi beaucoup changé ?
Souad Massi : Oui, naturellement. Les premières semaines que j’ai passées à Paris ont été les plus difficiles. Lorsque vous êtes une artiste et que vous arrivez dans une grande ville, il n’est pas toujours facile de trouver un endroit pour se poser. Les gens ne vous font pas confiance, ils restent méfiants. Je ne me suis pas immédiatement sentie acceptée. Au début, je vivais seule et j’ai beaucoup travaillé. Après un certain temps, j’ai commencé à rencontrer des gens sympathiques et intelligents qui m’ont immédiatement acceptée.

MM: Quels sont vos projets d’avenir ?
Souad Massi : J’aimerais beaucoup agrandir mon groupe de musiciens et travailler également avec d’autres musiciens. Et puis aussi apprendre de nouvelles langues : l’italien, l’espagnol et pourquoi pas l’allemand et le japonais. Chaque fois que j’arrive dans un autre pays, je m’éprends de la langue et je me dis que si j’avais une baguette magique, j’aimerais parler toutes les langues. Voilà mes rêves. C’est très ambitieux. Je ne sais pas si je pourrai les réaliser.

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