Najat Aatabou
Une chikha ? Une chanteuse traditionnelle à la parole libre ? Non pas du tout ! Pas de ressemblances ! Najat A3tabou est d’abord lettrée, ensuite son discours et son genre de musique font d’elle une artiste de particularités affirmées.
Elle ne porte ni Bendir ni Darbouka et ne fait pas dormir son auditoire, mais elle le tient plutôt alerte avec ses rythmes dynamiques et fracassants qui le font vibrer.
Son style à elle, c’est la mélodie chantée avec éclat, où les paroles virtuoses se mêlent à des notes musicales dégagées d’un arsenal d’instruments empruntés au présent et au passé. La chanson chez elle vient d’une sorte de courrier du cœur, de ces nombreuses missives qu’elle reçoit de la part d’auditrices en désarrois et qui lui racontent leurs calvaires. Elle-même durement blâmée par ses parents lorsque à ses débuts d’amatrice, ils découvrent par hasard un enregistrement d’une chanson qu’elle avait chantée en privé et qu’une copine avait fait circuler sur le marché, elle se portera au secours de ceux qui souffrent.
Le sujet de ses mélodies c’est pratiquement les maux de femmes en détresse suite à des blessures d’amour subites par la faute de maris infidèles, menteurs et ayant l’esprit et le cœur ailleurs... Ce sont des femmes trompées, jalouses, jamais soumises, qui sont présentes dans ses chants d’où sortent des cris profonds et expressifs qui dénotent d’une douleur qu’on dirait vécue par l’artiste elle-même. Elle fustige au passage cet homme qui ment toujours "en inventant travail et réunion, ou celui qui abandonne son épouse enceinte en prétextant que l’enfant n’est pas de lui". C’est vraiment une artiste unique en son genre. Ses thèmes ainsi choisis, lui donnent la stature à la fois d’une révoltée et d’une éducatrice sociale.
Ce sont ces histoires qu’elle exploite et qu’elle transforme en mélodies. De sa propre histoire, elle donnera un tube devenu célèbre où elle s’excuse auprès de sa maman pour l’éventuel tor qu’elle aurait causé à la famille en optant pour l’art musical : elle lui dira en substance : "Ma mère, qu’ai-je fait de si mal? Excuse-moi, c’est le destin qui nous a séparées". Des histoires des auditrices, elle tira "Soueret" (Les clés), où il s’agit d’une femme qui découvre dans le trouceaus à clés de son époux une clé de plus, celle de la piole qu’il tient en secret ! "Choufi Ghirou" (Cherches-toi un autre!), lui fut inspirée par une femme qui se plaignait de la maîtresse de son mari, une façon de fustiger ces femmes oisives qui détruisent les foyers.
On imagine l’effort intellectuel et la hardiesse de marketing dans sa démarche. Elle chante ce que le commun des mortels aimerait bien écouter. Rares les artistes qui scrutent le public pour savoir ce qu’il veut entendre comme chants. Dans son cas c’est le secret de cette fulgurante réussite.
De fait, Najat intrigue et étonne. On ne sait pas ce qui importe le plus dans ses chants. Est-ce la morale ou la musique ? Peut-on seulement se poser cette question au moment où elle chante? Elle ne nous laisse même pas le temps pour faire ce genre de réflexion. Elle nous saisit et s’accapare de ses auditeurs telle une lionne à l’égard de sa proie. Elle est inclassable. Elle est unique cette véritable artiste venant du haut de l’Atlas !
Par sami sherif



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