Festival International du Luth

Festival International du Luth

Les 6, 7 et 8 de ce mois, les Tétouanais a vécu des moments inoubliables avec le Festival international du luth de Tétouan qui a annoncé sa couleur de succès depuis le premier soir.

Comment ne pas réussir une manifestation quand on a en ouverture un Said Chraibi, maître incontestable du luth. Des instants de plaisir et de sérénité ont été offerts grâce à ses doigts d'or et ses mélodies magiques dont nul ne peut rester indifférent en les savourant.
Le virtuose Said Chraibi a fait voyager le public présent à travers ses œuvres d'un cachet particulier, notamment «Chellah», «Oum Chama», «Choujoun», «Ouafa», «Rouhi» et bien d'autres. Il a été fortement applaudi à la fin de chacun de ses morceaux. Un bon départ qui a donné du ton et de la valeur à cette 12e édition, marquée, également, par un plus très significatif qui n'est autre que le fervent hommage rendu à Abdelwahab Doukkali en reconnaissance à toute une belle carrière marquée par des prix honorifiques et très prestigieux. Ce soir-là, c'est par le biais d'un film sur sa vie que le public a été impressionné par le parcours combien élogieux de ce grand artiste, ainsi que les nombreuses reconnaissances nationales et internationales. Des témoignages en son honneur furent rendus par le célèbre poète Mohamed Tanjaoui, qui n'a pas manqué d'écrire une belle poésie très significative pour la circonstance, puis le président de l'Association des amis de l'artiste Abdelwahab Doukkali, le professeur Ahmed El Mansouri.

«L'hommage rendu ce soir, au moussiqar Abdelwahab Doukkali est en fait un hommage rendu à l'art authentique, en général, et à l'artiste marocain, en particulier, représenté par ce doyen de la chanson marocaine et cette star symbole de la chanson marocaine, comme le qualifie mon ami, le grand artiste Hassan Mégri. En effet, l'artiste A.Doukkali s'est toujours engagé dans les combats, les causes et les grands chantiers du Maroc», souligne le professeur El Mansouri.

Des paroles qui sont allées droit au cœur de notre artiste Doukkali, très ému par tout ce qui a été dit sur lui. «Je suis très content d'être là parmi vous et par la même honoré par vous. J'ai une forte relation avec la ville depuis les années 60, ainsi que des amis de longue date. Je remercie tous ceux qui ont pensé à instaurer ce festival de luth à Tétouan, ville qui n'est pas loin de celle où a vécu Ziryab en Andalousie», a renchéri Abdelwahab Doukkali dans sa déclaration très applaudie par le public présent.

Cette ouverture historique fut terminée par la prestation du groupe Karmola, composé d'artistes musiciens provenant de différents contextes géographiques et culturels : l'Irak, la Grande-Bretagne, la Palestine et la Norvège. Un métissage donnant des sons aussi riches que les contrées d'où viennent ces musiciens.
Les deux autres jours du Festival ont, aussi, eu leur lot de réussite avec le grand soliste du luth Mehmet Bitmez, imprégné depuis son jeune âge d'une ambiance musicale très raffinée qui l'a sûrement influencé dans sa carrière artistique très élogieuse. Sa présence dans ce festival a laissé une empreinte digne des grands maîtres dont le nom est écrit par des lettres d'or.

Une superbe prestation suivie d'un spectacle très particulier où le luth fut remplacé par le santur de l'Iranien Hassan Tabar, accompagné du percussionniste Bijan Chemirani et l'Arménien Gérard Kurdjian (récitant les poésies) ayant présenté «L'oiseau de feu». Une rêverie où un voyage mystique a entraîné le public dans une méditation poétique envoûtante, à travers la déclamation de poèmes des grands maîtres du soufisme du Maghreb, d'Iran, d'Inde et d'Irak. Très original pour un festival de luth qui s'est clôturé le troisième jour par le merveilleux concert de l'ensemble libanais Charbel Rouhana qui a fait le bonheur du public avec son jeu fabuleux où la saveur des musiques libanaises s'est démarquée par le jeu exceptionnel de Charbel Rouhana au luth, Elie Khoury au Bouzouq, Khaled Yassine à la percussion, Abdel Fattah Saâdi à la basse et Antoine Khalifeh au violon.

Une autre participation marocaine a été représentée par le groupe «Jawahir Angham» composé du luthiste Hicham Zubeiri, du violoniste Nabil Akbib et du percussionniste Mohssine Zubeiri qui ont préparé pour la circonstance une nouvelle création inspirée de la musique andalouse.

Cette édition a constitué, par ailleurs, une occasion pour encourager de jeunes talents comme le cas de Hicham Tétouani qui a commencé à apprendre le luth dès l'âge de dix ans grâce à son père Abdelouahid Tétouani et d'autres dont la flamme de virtuosité scintille déjà. C'est ce qu'on a constaté avec le trio Ghassan (Syrie-Liban), fusion de deux luths et d'un violoncelle, ayant présenté un nouveau souffle de musique avec la présence d'une femme luthiste, l'Egyptienne Dina Abdel Hamid, qui n'a pas manqué de rendre un vibrant hommage à Said Chraibi en interprétant avec brio son œuvre «Nouzha».

Un événement qui prend de l'importance

Devenu d'année en année l'une des prestations attendues par les mélomanes de ce noble instrument, le Festival international du luth a pu accueillir, durant ces 12 années d'existence, les plus grands luthistes du monde qui ont confirmé leur notoriété et leur virtuosité, ainsi que leur créativité d'œuvres originales pour cet instrument.
Pour mémoriser ces moments uniques, les organisateurs ont pensé enregistrer les meilleurs moments de chacun des artistes, afin de les sortir dans un CD.
Le premier qui rassemble les morceaux de l'année 2008 fut intitulé «Awlad Ziryab» pour pérenniser la magie de ces moments. Un vrai plus pour le festival.

Article restauré depuis les archives Ournia.