Les Gnaoua : une musique de transe entre Afrique et Maroc
La musique gnaoua occupe une place singulière au Maroc. Elle est née chez les descendants d'Africains subsahariens amenés dans le pays, qui y ont mêlé leurs héritages spirituels à des pratiques locales, donnant naissance à une confrérie et à un répertoire immédiatement reconnaissables.
Trois éléments, une identité sonore
Le son gnaoua repose sur un trio : le guembri, luth-basse à trois cordes dont le timbre grave porte l'ensemble ; les qraqeb, castagnettes métalliques dont le cliquetis régulier installe une pulsation hypnotique ; et le chant, en appel et réponse entre le maâlem (le maître) et son groupe.
La lila, cérémonie nocturne
Dans son cadre traditionnel, cette musique n'est pas un spectacle mais un rite. La lila, littéralement « la nuit », est une cérémonie qui se déroule jusqu'à l'aube. Chaque séquence est associée à une couleur et à une entité spirituelle, et la musique y sert à accompagner les participants vers la transe. La répétition, la lente accélération et l'insistance rythmique en sont les moteurs.
Du rituel à la scène
À partir de la fin du XXᵉ siècle, la musique gnaoua sort du cadre cérémoniel. Le festival d'Essaouira, en particulier, la met en relation avec le jazz, le blues et les musiques électroniques — des rencontres facilitées par une parenté rythmique et par la place centrale de l'improvisation. Cette ouverture a fait connaître les maâlems bien au-delà du Maroc, sans pour autant faire disparaître la pratique rituelle, qui se poursuit en parallèle.
Ce double statut — musique sacrée et musique de scène — explique la fascination qu'elle exerce, et la prudence avec laquelle ses praticiens en parlent.